« Un panda en hiver » (au Québec)

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La faute à une session d’Hiver à l’université Laval particulièrement intense. Beaucoup de cours, de travail, j’ai profité de la fin des examens et de la semaine de relâche pour écrire ici. Après d’interminables hésitations autant sur le fond que sur la forme, je décide finalement de sauter le pas en écrivant tout ce qui me vient à l’esprit concernant l’hiver au Québec dans un long « article fleuve ».

L’hiver au Québec comporte son lot de périls : entre températures atteignant fréquemment le -20°C (voire un peu moins en cas de tempête ou de fort vent),  les « trous » quand il neige ou a beaucoup neigé (on marche tranquille normal et… d’un coup, on se retrouve avec de la neige au genou), le verglas assassin pendant le redoux… Il convient de bien se préparer.

Se vêtir

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Un autochtone, torse nu par -20°C : tout va bien pour lui

Car non, vous n’êtes pas fait comme le Québécois qui sort en T-shirt / short / tongs par -15 et qui voit pas le problème (heu… non c’est exagéré, hein !).

Donc bon, ça varie beaucoup selon les personnes et la situation, mais nous en général, quand on doit sortir et qu’il fait -15°C ou moins, l’attirail de base c’est :

  • jambes : collant isotherme + pantalon normal (et sous-vêtements et tout le tralala)
  • haut : t-shirt + sous-pull + pull + manteau
  • comme accessoires indispensables, comptons les gants, un chapeau (n’importe quoi qui protège un peu le visage)
  • en bonus, plusieurs paires de chaussettes si vous avez froid aux pieds…

Quelle est cette folie du collant isotherme ? Bah, comme en-dessous de -15 on se les gèle littéralement, il faut se protéger en conséquence. C’est un accessoire assez rare en France mais heureusement, sur place on en trouve facilement dans les magasins… Un peu dur de sauter le pas, mais c’est bien agréable au final (et parfois indispensable les jours où il fait vraiment très froid) ! Il me semble que des alternatives comme des pantalons à doublure isolante existent également, moi j’ai choisi le collant pour pouvoir mettre tous mes pantalons « normaux » types jeans que j’ai apporté avec moi.

Une question qu’on serait en droit de se poser : au Québec en hiver, un « manteau d’hiver français » suffit-il, ou faut-il sortir le manteau de ski ou la grosse doudoune triple épaisseur ?

La réponse est oui, un manteau d’hiver normal peut suffire, si ce qu’on met en-dessous suit : moi par exemple j’ai amené mon manteau d’hiver (relativement chaud mais moins qu’un manteau de ski), et en mettant t-shirt + sous-pull + gros pull en-dessous, ça va bien. Tout dépend ensuite des épaisseurs de chaque couche (le sous-pull est optionnel…).

Le chapeau est lui fortement recommandé, ou n’importe quoi qui protège la tête (dans mon cas, une capuche assez ample), et qui se fixe bien (bouton, pression, lanière…), car on est content de l’avoir quand les bourrasques locales nous rappellent que l’Arctique, c’est pas loin (sinon, gare aux belles engelures…). Ici, le vent peut se lever très vite et il ne faut pas oublier que, le Québec suivant quand même biiiien près les règles architecturales américaines, les grandes esplanades très venteuses sont légion ! Et si le chapeau ne tient pas solidement, il s’envole ! (ou la capuche se rabat… bref)

Se nourrir

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La poutine c’est simple, bon et pas cher, mangez-en

Car oui, le froid, ça creuse. Quelques « astuces » concernant la restauration sur place :

  • les restaurants Chez Ashton (réputés la meilleure poutine de Québec !) font une offre spéciale au mois de Janvier : chaque jour de Janvier, la poutine est x% moins chère avec x égal à la température la plus froide prévue par Environnement Canada pour la journée (minimum de 10 % de rabais). Si il est prévu -20°C, -20 % !
  • par contre, chez Ashton, ne vous laissez pas abuser par les termes choisis : la poutine « régulière » est ÉNOOOORME (oui, au moins comme ça) et convient plus pour un repas à deux personnes (ou une très grosse faim) ! Pour une barquette de taille « standard » (type français), c’est « Mini » (et si vous croyez que ce n’est pas suffisant pour être calé, essayez avant de voir… la poutine c’est bourratif !), et « bébé » pour des toutes petites poutines.
  • sinon, les restaus U proposent d’assez bons repas pour environ 8$, ce qui est vraiment pas cher (faites la conversion en euros…). Les restaurants voisins viennent également parfois faire des opérations pub au sein même des pavillons (je pense par exemple au restaurant de pizzas à volonté à côté du campus qui a établi pendant une semaine un stand directement dans la cafétéria). Autre point positif : pas besoin de carte étudiante !

 

Se déplacer

« And off she goes », mais sans toi

Se déplacer peut vite devenir un vrai calvaire à Québec dès que la météo a décidé que non, aujourd’hui ce serait le bordel épicétou.

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La météo et les paysages en hiver, c’est pas compliqué !

Deux cas de figures particulièrement problématiques : la neige abondante et le verglas.

D’abord la neige : de loin le plus fréquent, il suffit qu’il neige sans discontinuer pendant quelques heures dans la journée (et, oui, c’est fréquent) pour que ça commence à poser des problèmes, notamment avec les bus (pour leur défense, ça varie, parfois ça ne cause pas tant de retard que ça…). Aussi, quand il neige fort, même les chemins fréquentés se retrouvent parfois enneigés (et les pas-fréquentés, ou le weekend, c’est pire), et quand c’est comme ça, on patine en marchant. On avance pas vite, on se fatigue plus vite, bref, on se traîne. Du coup, les jours où il neige, prévoir quelque chose comme un quart d’heure en plus des horaires habituels si on sait qu’on a un bus à prendre et/ou de la marche à faire, ça peut être une bonne idée.

La deuxième situation est (heureusement) plus rare à Québec, mais disons-le d’emblée : le verglas, c’est l’Apocalypse. Le problème peut se présenter dès que les températures avoisinent zéro mais qu’il continue à neiger (et donc, à pleuvoir en fait). Le plus sournois étant que, parfois, il gèle pendant la nuit, mais le jour venu, la température redescend et alors une fine couche de neige recouvre les plaques de glace : on voit plus la glace, et là, c’est la gamelle assurée !

Moins sournoise mais plus dangereuse est la pluie verglaçante en pleine journée : car tous les chasse-neige du monde ne pourront rien y faire du tout, et ça transforme, en live,  les trottoirs en véritables patinoires assassines et totalement impraticables. Pour le moment, je ne suis tombé qu’une fois, mais Loutre a déjà fini cul par-dessus tête plusieurs fois (voire fait de beaux numéros de loutre sliding, ou tomber sur une plaque de verglas et continuer à gliiisseeer…), et vu en direct quelqu’un tomber la tête la première sur la glace.

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Maintenant imaginez ça, mais involontairement.

Donc oui, on ne le dira jamais assez, mais les rues de Québec sont vraiment dangereuses par temps de verglas. Québec est loin d’être une ville « plate » (il y a beaucoup de collines, de pentes, de dénivelés…), les trottoirs sont rarement rectilignes, ce qui rend certaines rues vraiment impraticables. Le cas échéant, les fois où vous pouvez vous abstenir de sortir de chez vous… restez chez vous. Et ai-je oublié de mentionner qu’il n’est pas rare que le trottoir soit accidenté, défoncé, voire absent tout simplement ? Architecture américaine, tout ça tout ça — du coup, déjà que d’habitude marcher à côté des voitures, c’est unsafe, là, ça fait un caniveau de glace là où on marche d’habitude, youpi ! Sinon, si vraiment il verglace beaucoup, vous devriez pouvoir trouver assez facilement des crampons pour vos chaussures. Pensez-y !

Heureusement, en plein hiver les températures remontent rarement assez haut pour provoquer du verglas (et encore, nous ne sommes pas encore sortis de l’hiver, attendons encore un peu…). Mais les jours où on se dit « chouette, il fait 0°C ! Va faire chaud aujourd’hui ! » et qu’il pleut, parfois on regrette les jours à -20 degrés… :-s

 

Se soigner

Ah, la médecine au Québec… Il y aurait tant à dire !

Première chose : n’espérez pas y couper, pour quoi que ce soit, c’est long. Le Québec est un pays en pénurie dramatique de médecins, surtout ceux qu’on appelle ici les « médecins de famille », en cabinet ou clinique privée, où, contrairement à leurs équivalents privés français, l’individu lambda ne peut pas se pointer (il faut être inscrit) et où la liste d’attente pour devenir un « nouveau patient » peut durer quelques années (!!). Donc pour tout ce qui est en relation avec les soins, il faut être très patient et avoir du temps devant soi (dans le doute, prévoir une demi-journée).

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Le premier obstacle pour quoi que ce soit qui touche à la santé, c’est l’attente…

Donc, d’abord les numéros à connaître à tout prix : le 911 pour les urgences vitales et le 811, le service Info-Santé (le « niveau en-dessous », en quelque sorte, du 911), pour vous mettre en contact avec une infirmière qui vous dira quoi faire si vous êtes perdu avec un problème de santé et que vous ne savez pas quoi faire. À titre d’exemple, j’ai par exemple un kyste qui s’est ouvert, on a hésité à appeler le 911. On a alors appelé le 811 où on nous a confirmé que, non, le 911 ne se déplacerait pas pour ça (pas assez grave). Toujours utile à savoir donc.

Donc, reprenons, ça veut dire que pour consulter un médecin au Québec, il faut obligatoirement être patient de longue date ?

Heureusement non, il existe alors le (bien nommé) sans rendez-vous, ou ce qui se rapproche le plus des cabinets médicaux lambda français : vous attendez, vous donnez votre carte d’assurance maladie de la RAMQ, vous êtes examiné par un médecin qui vous dit quoi faire et vous prescrit une ordonnance si besoin, et vous partez. Okay… Et comment trouve-t-on ces centres de sans rendez-vous ?

Les CLSC

Le logo est reconnaissable

Les CLSC (Centre Local de Services Communautaires) sont un bon point de départ.

Pas pour se faire examiner en sans rendez-vous ! La plupart des CLSC comportent tout au plus des infirmières qui sont là pour aider les gens plus sur le plan psychologique (au niveau des problèmes d’addictions, par exemple) : pas de médecins. Donc ce n’est pas « the » endroit pour venir se faire examiner.

Leur principal intérêt, c’est d’être des points de repère disséminés un peu partout où vous pouvez demander de l’information à l’accueil. On pourra par exemple vous fournir une liste imprimée de tous les établissements ouverts au sans rendez-vous (car, comme je disais plus haut, ce ne sont pas toutes les cliniques qui sont ouvertes au public).

Une fois un établissement repéré, vous tomberez peut-être intéressé sur une…

UMF (Unité de Médecine Familiale)

À noter que j’en parle parce qu’il s’agit de mon expérience personnelle, mais certaines cliniques sont aussi ouvertes au public…

Beaucoup d’établissements médicaux sont des UMF, qui constituent en réalité une sorte d’association de médecins partageant les mêmes bureaux (comme on peut en voir en France, quoi…). La différence qui peut surprendre au premier abord, c’est que bien souvent ces bureaux sont situés au sein de grands buildings abritant plusieurs autres services parfois très différents ! Au Québec donc, il est normal d’avoir un cabinet de médecine au 2ème étage et une salle de gym au premier. Normal.

Le reste de la procédure est somme toute très classique : vous attendez (longtemps) en faisant la queue, vous passez « à la caisse » (oui, vous payez avant d’être examiné), sans frais si vous avez le bout de plastique magique (la carte de la RAMQ), sinon ben c’est là que vous allongez les biftons. Gardez à l’esprit si vous n’êtes pas couvert par la RAMQ (dans le cadre d’un PVT par exemple, comme la Loutre) qu’au Québec, les soins sont plus chers qu’en France : même si je n’étais pas concerné, j’ai noté les prix indiqués sur le comptoir de l’UMF, pour les non-résidents québécois non-affiliés à la RAMQ, c’était 200$ (deux cents). Je ne sais pas si il existe une réglementation d’unification des tarifs, c’est peut-être moins cher ailleurs, mais la règle « c’est (plus) cher (qu’en France) » s’applique de manière assez globale. Ensuite, vous attendez (longtemps), vous vous faites premièrement examiner par une infirmière (qui établit un premier diagnostic), vous ré-attendez (longtemps)…

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Est-ce que j’ai déjà dit qu’on attendait ?

… et, ô joie, bonheur, vous voyez (enfin) un médecin qui va vous prescrire votre paracétamol (ici on dit plutôt du tylénol, mais c’est la même chose, comme ça vous saurez 🙂 ).

Hôpitaux et cliniques

Pour conclure, qu’est-ce qui se passe si, finalement, vous devez aller à l’hôpital ?

En effet, vu la pénurie de médecins, rares sont les spécialistes possédant un cabinet privé, aussi, il est plus fréquent de devoir se déplacer à l’hôpital pour en rencontrer qu’en France.

Mon expérience a été que du coup, pour rencontrer un dermatologue, il a fallu que j’aille à l’hôpital. Encore une fois, les procédures peuvent varier, mais en gros, c’est les cliniques qui vous appellent pour vous fixer rendez-vous. En quelques étapes :

  • après avoir vu le généraliste à l’UMF, une « clinique réseau » chargée de mettre les patients en relation avec les établissements comportant un spécialiste adapté vous appelle. C’est notamment important de les rappeler si genre, au bout de deux semaines, aucune clinique vous a contacté
  • normalement une clinique doit appeler dans un délai d’environ 1 semaine pour fixer rendez-vous (puis après, faut compter 2 à 3 semaines pour le rendez-vous)
  • ce n’est qu’ensuite qu’on peut se rendre à l’hôpital, attendre (pour changer) et se faire examiner par un spécialiste !

Donc au final ce n’est pas très compliqué, juste un peu long (faut pas être pressé). C’est toujours plus pratique que de devoir démarcher les cliniques une par une soi-même !

Et les cours à l’Université dans tout ça ?

Pour moi, la session d’Hiver est plus intense que la première, essentiellement dû au fait qu’à la première, je n’avais que quatre cours (le cinquième rétro-validé par Algorithmes et structures de données), et qu’ils étaient peut-être un peu plus faciles que ceux de cette session. Cette session, je n’ai que peu voire pas du tout de temps libre, selon les semaines. Mention spéciale par ailleurs à mes collègues de groupe d’EIP (notre projet de fin d’études Epitech), où que vous soyez les gars, bravo pour soutenir le rythme et ne pas laisser tomber le projet.

La session d’hiver débute après quinze jours de vacances suite au Nouvel An (aux alentours du 15 Janvier). Ça vous laisse donc le temps de profiter pour voyager un peu, voire passer les fêtes en France pour ceux qui peuvent se le permettre. Ensuite, parmi les cours proposés pour cette session (Hiver 2014), j’ai choisi :

  • Langages de programmation (le cours porte assez mal son nom, en fait c’est un cours « juste » d’OCaml)
  • Infographie (OpenGL)
  • Sécurité dans les réseaux informatiques (Wireshark, nmap…)
  • Programmation parallèle (pthread / OpenMP / MPI / OpenCL)
  • Étude des systèmes d’exploitation (le kernel Linux, l’ordonnancement, la mémoire, le système de fichiers…). Ça se veut « multi-OS » comme cours (y a une ou deux slides sur Windows qui se baladent parfois), mais c’est très très orienté Linux quand même 🙂
  • parmi les autres cours proposés, citons par exemple Intelligence artificielle (où on fait du Prolog) ou Qualités et métriques du logiciel (bonnes pratiques de conception, xUnit…)

Un choix de cours dont je suis pour le moment assez content. Mais comme à la session précédente, j’en reparlerai en détail dans un autre article, plus tard…

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L’article touche à sa fin, j’ai essayé de condenser au maximum ce que je voulais dire. J’aurais préféré faire plusieurs petits articles thématiques, mais j’ai pas vraiment le temps d’effectuer un découpage plus fin des articles en ce moment…

Aussi, certaines remarques pourront sembler quelque peu exagérées (notamment concernant le climat), étant donné qu’il est maintenant établi que l’hiver 2013-2014 a été recensé comme étant le plus froid au Québec depuis au moins 20 ans. Au moins nous pourrons dire qu’on y était 🙂

La majorité de mon année au Québec est maintenant derrière moi, étant donné que je repars un peu prématurément en France à la mi-Mai (pour des raisons de santé). Je ne sais pas trop si j’aurai le temps d’écrire de nouveaux articles d’ici là, mais en tout cas, ils sont en préparation, sur LaTeX, OCaml, C++, Python, un « Lumière sur » et d’autres choses encore (je n’ai pas oublié mon article sur Star Trek). Ça prendra le temps qu’il faut ! Je termine sur un petit pastiche d’un roman dont le titre, vous l’aurez deviné, a inspiré celui de cet article :

« Ainsi, au Québec, l’hiver, des pandas français se réfugient dans les universités. Quand ils ont fini leur année d’études, on chauffe un avion pour eux et on les renvoie vers leur France natale. »

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