Namasté, pas forcément ma tasse de thé

Le week-end dernier, j’étais en visite à Bordeaux à l’occasion de la huitième édition du « super-concert » de psy-trance Namasté qui y avait lieu, dont j’avais notamment entendu parler du fait de la venue de Secret Vibes et Juno Reactor. (deux groupes qu’ils sont bien ! Peut-être le sujet d’un prochain « Lumière sur » ?)

Pour être bref, j’en suis ressorti avec un souvenir assez mitigé, pour plusieurs raisons. Et à l’heure de donner un avis sur ce show, je me suis rendu compte qu’en fait, il y avait pas mal à dire et que ça prendrait sûrement un article entier, donc le voici.

namaste

Logo du Namaste

 

Une logistique améliorable

« Perdez cinq minutes, pas la vie: faites la pause »

Une partie de mes surprises par rapport au Namasté viennent probablement du fait que je ne m’étais pas suffisamment renseigné à l’avance, sans doute…

En premier lieu le concert dure plus longtemps que ce à quoi je m’attendais: huit heures. Les organisateurs ne dévoilant pas les horaires de passage des artistes à l’avance, difficile de se faire une idée de combien de temps l’évènement dure. Commençant à 21h, je m’attendais bien sûr à ce que cela se termine dans la nuit, mais je ne me doutais pas que l’évènement se poursuivait en réalité jusqu’à six heures du matin…

Si ce n’est pas vraiment un problème en soi (d’autres festivals plus gros sont en continu pendant un weekend…), le Namasté se déroulant sur une nuit uniquement, c’est une durée assez impressionnante tout de même, et je pense que l’accent aurait dû davantage être mis, par les organisateurs, sur le fait de faire des pauses régulières pendant le concert. Durant un grand concert de huit heures sans interruption, la tentation est grande de ne pas quitter le dancefloor de toute la soirée afin de ne pas en louper une miette, ce qui ne réussit pas à certains, mais j’y reviendrai.

Des informations cachées

Un autre point regrettable: la difficulté d’accès à l’information durant le concert. En effet, pendant le concert, j’ai cru que:

  1. il n’y avait aucun moyen de savoir qui passait à quelle heure
  2. les artistes ne se présentant ni au début, ni à la fin de leur prestation, on ne pouvait pas savoir qui c’était à moins de déjà connaître leur tronche, et quand c’est comme ça on se sent un peu comme dans Le dîner de cons (« il a pas de nom ce monsieur ? »), à l’exception de Secret Vibes qui ont fait un tour du groupe à la fin 🙂

 Ce n’est qu’à la fin du concert que je compris qu’en fait, tout au fond sur le mur gauche en entrant, étaient projetés en alternance le planning du concert et l’artiste en train de passer. Malheureusement cette projection étant très largement cachée par l’opulent décor de la salle (très joli et réussi, soit dit en passant), je n’étais même pas au courant de son existence alors que des infos bien utiles y étaient affichées. J’ai pris comme exemple une des photos officielles du show afin de mieux comprendre le problème:

namaset

Une fois de plus j’y reviendrai, mais c’est dommage car c’est typiquement le genre d’info qu’un visiteur devrait pouvoir consulter (et connaître l’existence !) à tout moment, par exemple pour décider de faire une pause pendant un artiste qu’il ne connaît pas car il sait que l’artiste dont il est fan ne passe que dans une heure. Ne pas faciliter l’accès à cette information peut donner lieu à une sorte de stress car on se demande « minnnnce, je sais pas à quelle heure <NOM D’ARTISTE> passe, si je fais une pause je risque de le louper !! »…

Zones d’ombre

Un point qui m’a également surpris en venant, d’autant qu’il aurait facilement pu être amélioré, était la traversée d’une zone complètement sombre pour accéder au concert. Il fallait pour cela contourner le parc des expos, et traverser près des barrières une zone « vide », sans aucun éclairage avant de rejoindre le parking couvert situé devant les portes de l’évènement. Le hasard a fait qu’arrivé à ce passage, j’étais accompagné d’un groupe de gens, mais ça aurait clairement pu être mieux indiqué, et surtout, éclairé. Après tout, the night is dark and full of terrors, comme dirait l’autre; si j’avais été seul, j’aurais clairement pas été rassuré. Et encore heureux qu’il n’y avait pas de trous dans la route !

Et c'est comme ça qu'on se retrouve avec des pyromanes qui allument des feux pour faire un peu de lumière

Et c’est comme ça qu’on se retrouve avec des pyromanes qui allument des feux pour faire un peu de lumière

 

Des artistes au style pas forcément respecté ?

La sonorisation était-elle au point ? Déjà sur place je m’étais fait une réflexion sur la sonorisation:

« LA VACHE, TROP DE BASSES !! »

Bien sûr que les basses sont amplifiées dans un concert de musique électronique. Sinon, les gens ne dansent pas. Mais j’ai personnellement trouvé que les basses, vraiment trop fortes, rendaient un effet « booming bass » permanent qui empêchait, la plupart du temps, d’entendre et apprécier la musique sous-jacente.

C’est bien pour faire danser les gens, ça c’est sûr, d’ailleurs le public a largement apprécié et en redemandait immédiatement si cela faisait mine de se calmer, mais quand on aime aussi écouter les mélodies, on repassera.

SI pendant la majorité du concert, ce n’était pas une certitude (après tout, je n’avais déjà vu que Secret Vibes et Juno Reactor auparavant, première fois que je voyais les autres en Live), c’est devenu évident au tour de Juno Reactor (en dernier): j’ai déjà vu Juno Reactor en live DJ set et dans de nombreuses vidéos. Et là où Juno Reactor préfère en général déballer une setlist variée laissant plus de place aux rythmes et sonorités qui lui sont parfois propres (beaucoup d’instruments tribaux et de chant), on avait une fois de plus cette basse omniprésente qui occultait tout le reste. Ce n’est pas, à mon avis, ce à quoi on était en droit de s’attendre en allant voir Juno Reactor en concert, et on ressort de ce genre d’évènement avec le sentiment qu’en fait, la musique de tous ces artistes est vraiment identique, alors que c’est bien sûr faux…

Je ne vais pas trop m’appesantir sur ce sujet mais, pour conclure ce point, je dirais qu’à part les qualités de showmen des différents artistes, en ce qui concerne la musique, rien ne m’aurait permis, à l’aveugle (en pause, par exemple), de dire « ah tiens, on a changé d’artiste », tellement les fortes basses occultaient le reste de la musique, et c’est dommage.

Ce râlage mis à part, je ne les connaissais pas avant, mais j’ai bien apprécié le set de Fabio & Moon qui ont vraiment été géniaux sur scène. Je vous les recommande si vous croisez leur chemin. 🙂 De même que Secret Vibes et Juno Reactor qui ne déçoivent jamais !

Je ne sais plus quel artiste l’a passé non plus, mais j’ai réussi à dénicher un des bons morceaux passés pendant ce concert, un remix de « Money For Nothing » de Dire Straits qui, pour le coup, était vraiment reconnaissable et envoyait du lourd !

 

Un public déchaîné

J’en viens au point qui m’a gêné qui est peut-être le moins contrôlable par les organisateurs (et donc la moins inhérente à l’évènement, en soi) : un public vraiment infect !

Avant de venir au Namasté, j’avais lu une critique négative de l’évènement (que je n’ai pas réussi à retrouver), qui disait peu ou prou:

« Encore un concert organisé pour le fric avec que des gamins qui font n’importe quoi en concert et qui viennent juste pour se défoncer la tronche jusqu’au bout de la nuit !! »

Ayant envie de me faire ma propre opinion, j’y suis tout de même allé, mais je ne peux qu’être d’accord au moins en partie avec cette critique. Beaucoup de choses m’ont gêné avec le comportement des spectateurs de cet évènement.

Déjà leur état psychologique. On va pas se mentir, c’est un concert « all-night » de psytrance, pas un concerto de musique classique. Beaucoup sont donc éméchés et ce, dès le début du concert. C’est sans doute en lien avec la durée de l’évènement: on est ici en présence de gens assez jeunes qui ne connaissent pas leurs limites, et on se retrouve donc avec des gens totalement déchirés dans la fosse qui font n’importe quoi, bousculent les autres, marchent sur les pieds, tirent sur les vêtements… Et bien sûr ça ne va pas en s’arrangeant alors que l’heure tourne. Je ne compte plus les fois où j’ai dû aller dans un autre coin de la fosse car j’étais à côté d’un type devenu complètement fou… C’est très irritant, et dans la foule, on ne peut pas faire grand-chose contre ça.

Sac à dos, sac à dos

Un autre détail qui pourrait paraître anodin mais qui pour moi a vraiment son importance : la présence de beaucoup trop de gens avec des sacs à dos !

En concert, c’est comme dans les transports en commun ou tout autre contexte densément peuplé : on essaye de minimiser l’espace vital nécessaire. Mais avec un gros sac à dos, c’est horrible car on prend facilement deux fois plus de place en profondeur que sans ! En plus, c’est moins pratique pour danser avec, et je peux vous assurer que c’est pas agréable de se faire sans cesse bumper par un sac…

Pour moi, il s’agit donc d’un des fondamentaux des concerts, de déposer son sac à dos dans un endroit à peu près sûr quand on en a pas besoin, voire au vestiaire si on en a pas du tout besoin, c’est pas cher et c’est plus agréable pour tout le monde…

 

March of the Pigs

Deuxième problème qui s’est très vite retrouvé très énervant: la fosse n’est pas une poubelle ! Plus le temps passait, plus il était courant de retrouver des gobelets, canettes, bières renversées, t-shirts, chaussettes (et d’autres choses encore moins ragoûtantes, si ça se trouve…) piétinés par terre, ce qui contribua assez rapidement à former une sorte de gadoue sur le sol de la fosse… Et si à un moment il était possible de se déporter pour éviter les « cimetières de canettes » au sol, vers la fin du concert, ce n’était plus possible car il y en avait tout simplement partout. L’horreur fut totale à la toute fin où, lorsque toutes les lumières furent rallumées, j’ai pu constater qu’effectivement, on ne voyait plus le sol de la fosse alors qu’il était recouvert de déchets en tous genres.

Bien sûr, c’est partout pareil. Bien sûr, on ne pourra jamais s’assurer que tout le monde est parfaitement respectueux dans ce genre d’évènement. Mais on pourrait au moins essayer. Absence de sensibilisation au problème ? Manque de logistique pour l’élimination des déchets ? Visiteurs tout simplement crados par nature ? Ce n’est probablement pas la faute de quelqu’un en particulier, mais c’est très clairement un problème important.

Les Fils de l’Ho Jean-Claude Dusse

Et enfin, last but not least, un problème qui m’a vraiment mis très mal à l’aise: le harcèlement sexuel de concert !

En fait, je commence à avoir fait pas mal de concerts mais c’est la première fois que j’y ai été vraiment confronté. C’est aussi la première fois que j’allais à un concert durant aussi longtemps, ceci expliquant peut-être cela.

Mais oui, c’est désolant de voir, en plein concert, beaucoup de représentantes de la gent féminine se faire emmerder (n’ayons pas peur des mots) par des gros lourds (bourrés… ou pas) qui ne ratent aucune occasion pour tenter de conclure (sur un malentendu, ça peut passer…) avec tout ce qui bouge qui ressemble à une fille: attouchements déplacés, tentatives d’isolement, propos dans l’oreille manifestement importuns (même sans entendre, il n’y a qu’à voir la réaction)…

Alors, il paraît nécessaire de rappeler qu’en concert…

  • personne ne vous entend crier
  • c’est sombre et la musique est très forte
  • vous ne connaissez pas les gens autour de vous à part vos amis, même si la proximité pourrait laisser penser le contraire
  • vous ne connaissez pas l’état psychologique des personnes autour de vous : même si ça « marchait« , la personne en face est-elle vraiment consentante ? Et bien pour toutes les raisons ci-dessus, c’est à peu près impossible de le savoir avec précision

J’ai été témoin de tentatives suffisamment nombreuses pour ne pas avoir envie de les compter cette nuit, et je vous le donne en mille : ça a « marché » très exactement zéro fois, et de toute façon, vous n’avez aucun moyen de savoir le niveau de consentement réel de la personne en face. Les seuls couples l’étaient manifestement depuis le début du concert (souvent venus en groupes d’amis).

En plus, sans parler de la gêne occasionnée et du fait que ce soit juste grossier et inacceptable comme comportement, cela provoque des mouvements intempestifs dans la foule : fuite de la fille embêtée voire de son groupe d’amies si elles sont à plusieurs, altercations avec le copain de la fille en question qui était parti prendre une bière… Les dérives sont nombreuses et peuvent devenir incontrôlables donc si vous aimez danser avec les filles, vous savez quoi faire : laissez-les tranquilles !

A posteriori, j’aurais du coup apprécié que les organisateurs communiquent davantage sur ce genre de problématique, surtout s’il s’agit d’un problème récurrent. Je n’ai vu aucune communication à ce sujet, ce qui donne peut-être aux auteurs une sensation d’impunité ou que ce qu’ils font est normal. Ce n’est d’ailleurs pas le seul problème du Namasté : en faisant des recherches je suis tombé sur une note de Stop Harcèlement de Rue faisant état de problèmes similaires… à la Fête de l’Huma (!).

 


En résumé

Je dirais que rétrospectivement, j’ai passé un moment plus agréable vers le début que vers la fin.

La sono m’a semblé amputer en quelque sorte le style musical propre à chacun des artistes, pour ne garder qu’un effet « booming bass » permanent, ce qui personnellement m’a, par moments, donné l’impression de danser pendant des heures sur le même morceau, et c’est un peu dommage. En faisant abstraction de ce problème, mes artistes préférés de la soirée auront été Secret Vibes, Fabio & Moon et Juno Reactor.

L’affluence de gens de plus en plus nombreux et de plus en plus éméchés tout au long du concert a progressivement rendu l’expérience plus compliquée à apprécier, et j’ai franchement été excédé par le comportement de certains membres du public qui manifestement ne connaissaient rien du savoir-vivre en concert…

Donc expérience intéressante car c’était la première fois que j’assistais à un concert aussi long (et il n’y en a pas tant que ça en France qui accueillent des invités aussi prestigieux), des bons moments mais perturbés par nombre de petits problèmes qui font qu’a priori, je n’y retournerai pas.

Namaskar !

2 réflexions au sujet de « Namasté, pas forcément ma tasse de thé »

  1. WiwiDK

    Je crois que le côté « je me fais marcher sur la gueule » et compagnie est un des trucs que je déteste le plus à ce genre d’événement. Les gens sont bien éméchés, et complètement défoncés en effet. Et pour des raisons évidentes, il est certains qu’un encadrement n’aurait pas été de trop. Un peu comme en boîte avec des vigiles tout ça. Mais là …c’est difficilement gérable vu que c’est en outdoor. Faudrait voir sur des festivals avec un programme bien défini, plutôt que des soirées du type. Et le côté harcèlement, c’est très très moche, et je diras que ça gâche absolument tout, surtout pour les nanas. Et si t’es à côté, v’la le malaise…

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    1. Pando Auteur de l’article

      Le Namasté ce n’est pas en outdoor mais au Parc des Expos ^^; J’aurais peut-être dû le préciser dans l’article. Le dancefloor n’est pas immense mais c’est de taille raisonnable quand même.

      Pour la sécurité en gros il y a des vigiles mais leur seul job c’est de s’assurer que personne ne monte sans permission sur la scène. De toute façon avec une foule aussi dense, ce serait difficile pour eux de repérer les comportements à problème et intervenir.

      Pour le harcèlement il y a des comportements à avoir quand tu le repères, genre essayer de se mettre entre les 2 l’air de rien, essayer d’attirer l’attention du mec… Dans une manifestation comme ça, certains comportements « classiques » anti-harcèlement ne fonctionnent pas, genre essayer de se faire passer pour une connaissance de la fille, dans un endroit sombre où elle entend rien, c’est susceptible de faire encore plus peur.

      C’est un problème complexe. J’aimerais trouver plus de ressources sur le sujet mais jusqu’à présent, pas grand chose…

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