Cinéma : Lost Highway, un Faust moderne

Disclaimer : cet article est une analyse du film Lost Highway de David Lynch. C’est-à-dire qu’il en décortique le fonctionnement et, pour ce faire, en révèle une bonne partie de l’intrigue.

Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous ne souhaitez pas vous faire gâcher le film, vous devriez le voir d’abord, puis revenir ensuite.

Lisez à vos risques et périls !

J’ai revu l’autre jour Lost Highway de David Lynch, sorti en 1997, car cela devait bien faire dix ans que je ne l’avais pas regardé ; le film a déjà vingt-et-un ans aujourd’hui ! D’ailleurs cela se voit aux technologies qui pourraient aujourd’hui paraître ringardes, comme les énormes téléphones portables ou caméras à la qualité d’image douteuse utilisés dans le film. Toute une époque !

Le film constitue pour moi le premier volet d’un triptyque de films chez David Lynch que je pourrais baptiser « Cauchemars dans la ville ». Il fut suivi par un de ses films les plus connus, Mulholland Drive, et le troisième, Inland Empire, ayant tous les trois comme point commun une intrigue à propos de personnages victimes d’événements étranges dans un environnement urbain et américain ayant trait au(x) monde(s) du spectacle.

Lost Highway est un film se démarquant par une esthétique de fin des années 90 baroque, qui aborde les thématiques de la psychose et du sexe sous leur jour le plus sombre, et touche par une bande-son de qualité servant parfaitement la violence et la démence de cette noire fable psychologique avec des noms comme Angelo Badalamenti (collaborateur de longue date de Lynch), Marilyn Manson (qui fait d’ailleurs un caméo dans le film), Rammstein, Lou Reed et, en dernier mais pas le moindre, David Bowie dont la chanson I’m Deranged est probablement désormais associée pour toujours au générique du film, une longue séquence filmant une route déserte par une nuit noire (la fameuse autoroute perdue éponyme), depuis les phares d’une voiture lancée à toute vitesse.

 

L’argument

Commençons par le commencement et résumons la base de l’intrigue : Fred Madison est un saxophoniste torturé et mal dans sa peau soupçonnant sa femme fatale d’épouse, Renée, de le tromper. Le film commence par un énigmatique message reçu sur leur interphone, « Dick Laurent est mort », et d’inquiétantes cassettes vidéo reçues sur leur pallier tournées en secret dans leur appartement. Ainsi commence une spirale infernale qui entraînera Fred dans les recoins les plus sombres de sa psyché…

 

Tout n’est qu’image

Bien que David Lynch se soit toujours refusé à donner un sens « évident » ou une interprétation « certifiée » à ses œuvres, il est possible de mieux cerner leur procédé de fabrication lorsqu’on connaît bien sa filmographie.

Ainsi chez Lynch tout n’est qu’image : les dialogues sont la plupart du temps laconiques, expédiés, voire parfois irréalistes ou absurdes, dans un cinéma qu’on a souvent qualifié d’onirique, tant certaines scènes laissent parfois penser à un rêve, où les mots n’ont qu’un sens tout relatif, et où la vérité, le véritable sens, est ailleurs. Le cinéaste laisse bien volontiers à l’image le soin de donner les informations nécessaires à la compréhension du récit, avec tout ce que cela implique d’ambiguïté et de symbolisme.

Car le cinéma de Lynch est imagé, peu bavard et pourtant référencé, et Lost Highway ne fait pas exception. On retrouvera par exemple dans la chambre de Fred et Renée les fameux rideaux rouges, déjà présents dans Blue Velvet ou Twin Peaks, symbole du mystère, de « ce qui est caché » et du passage dans un autre monde chez Lynch.

Ainsi, plutôt que d’assommer le spectateur d’explications verbeuses sur la morale ou le rôle des personnages de l’histoire, il convient, comme d’habitude avec ce cinéaste, de comprendre ce qu’il essaie de nous raconter par ce qu’il nous montre, mais aussi et surtout par ce qu’il ne nous montre pas.

 

Narration non-linéaire

L’argument nous parle d’un homme jaloux pensant que sa femme le trompe avec un autre. Mais, au visionnage, je me fis la réflexion que même cet élément-clé de l’intrigue n’est que suggéré, éludé, presque caché au milieu d’autres éléments plus énigmatiques et étranges. Je ne suis même pas certain qu’un spectateur ignorant l’introduction du film comprendrait qu’il s’agit d’un enjeu majeur de l’histoire. Il s’agit pourtant bien de cela. On ne nous montre juste pas les scènes dans le bon ordre, même si une des premières nous montre un Fred incrédule quand sa femme lui répond qu’elle restera à la maison pour lire plutôt que de venir le voir jouer.

On le voit ensuite survolté jouer du saxophone sur scène, puis appeler chez lui sans avoir de réponse. Ces craintes étaient-elles fondées ? Il découvre pourtant en rentrant chez lui que Renée est bien là, assoupie dans le lit. Infondées, alors ? Ce n’est que plus tard, au moyen d’un flashback, que nous comprenons mieux, dans une autre scène au Luna Lounge où Fred, encore sur scène et donc impuissant, voit Renée s’éclipser du lieu au bras d’un certain Andy.

On reconnaît alors dans les interactions du couple au sein de leur foyer les mécanismes de la jalousie se mettre en place : conversations vides d’intérêt, vie intime pauvre… Le film donne d’ailleurs lieu à une des scènes de sexe les plus malaisantes du cinéma entre Fred et Renée, où Lynch a parfaitement su retranscrire des ébats dénués de tout désir, comme cela arrive parfois en cas d’adultère : une action froide, mécanique, laborieuse, filmée au ralenti dans un silence de mort et sans aucun signe de plaisir, suite à laquelle aucun des deux partenaires ne montrent une quelconque satisfaction.
Le couple Fred-Renée, invité à une fête sous le signe de la débauche chez Andy, justement, montre tous les signes du couple décousu (Renée s’amuse et danse même avec Andy plutôt qu’avec Fred).

Et c’est alors que rentre en scène le personnage crédité au générique de « Mystery Man » , l’homme-mystère, joué par le ici glaçant Robert Blake.

 

It is not my custom to go where I’m not wanted

Cet homme d’une pâleur cadavérique, dénué de sourcils et vêtu entièrement de noir, dont personne ne semble connaître le nom, est un personnage intéressant, que dis-je, peut-être le second personnage principal après le protagoniste.

Fred, le prenant pour un invité lambda, lui soutient qu’il ne le connaît pas ; alors qu’en fait, si. Fred l’a déjà rencontré dans sa maison même, dans une vision cauchemardesque où le Mystery Man avait pris possession du corps nu de Renée.

Beaucoup d’interprétations considèrent ce personnage comme une image de la Mort, car il tend à ressembler à la Mort telle que présentée dans Le Septième Sceau, le film d’Ingmar Bergman, son rôle dans le film s’apparentant en effet un peu à celui de la Faucheuse.

La Mort, dans Le Septième Sceau d’Ingmar Bergman

Je préfère y voir, comme d’autres avant moi, une image du Diable, de Méphistophélès, avec lequel Fred aurait pactisé. Au cours de cette scène irréelle où le temps semble se figer autour d’eux, il prend d’ailleurs un malin plaisir à prouver à Fred ses pouvoirs surnaturels en lui montrant, par le biais de son téléphone portable, qu’il possède le don d’ubiquité (il est à plusieurs endroits en même temps).

Partant de ce postulat, je considère alors que le fait que David Lynch ait choisi de l’inclure à la fête n’est pas anodin du tout. Il pourrait s’agir d’un message, une critique, du réalisateur en sous-texte indiquant que, dans ces milieux de faste et de stupre, chacun pactise avec le démon sans trop s’en cacher. Un message en désaccord avec celui d’un autre film, The Usual Suspects de Bryan Singer (1995), où il est dit que le plus beau tour du Diable est de faire croire qu’il n’existe pas. Dans Lost Highway, cette petite scène sous-entendrait plutôt que le plus beau tour du Diable, ce serait de se rendre suffisamment présentable pour convaincre les hommes qu’il est acceptable de négocier avec lui ; qu’il est plutôt sympa, finalement…

 

Trouble dissociatif de l’identité

Lost Highway est un film étrange dans le sens où il alterne de personnage principal : d’abord Fred Madison, puis Pete Dayton, puis de nouveau Fred. Pourquoi ?

L’hypothèse assimilant le Mystery Man au Diable nous donne des éléments de réponse en ouvrant la porte d’une lecture faustienne du film, c’est-à-dire en le considérant comme une adaptation moderne du mythe classique de Faust. Dévoré par le « monstre aux yeux verts » de la jalousie, Fred Madison aurait vendu son âme au Diable pour savoir avec qui Renée le trompe. Cela est mis en scène par une scène cryptique où Fred, dans l’appartement conjugal, disparaît comme happé dans les ténèbres d’un recoin entièrement noir, avant d’en ré-émerger un peu plus tard. Le pacte est scellé.

Mais un peu plus loin dans le film, on est pris d’un doute. En effet, par une soudaine ellipse, Fred se retrouve au poste des deux mêmes inspecteurs venus analyser sa maison, l’accusant d’avoir été un mari violent, au point d’avoir tué Renée de ses propres mains. Le problème étant que nulle part, jusqu’alors, n’a-t-on vu Fred violent envers sa femme. Mal dans sa peau, il l’est assurément ; jaloux, cela finit par se voir aussi. Mais violent ? À aucun moment on ne le voit lever la main sur Renée. Il faut alors écouter les dialogues avec beaucoup d’attention pour tenter de comprendre la première partie du film s’étant déroulée sous nos yeux.

Si le texte est souvent pauvre chez David Lynch, il constitue parfois la pierre d’achoppement grâce à laquelle il nous donne les clés permettant de mieux comprendre des pans entiers de son œuvre.

Lorsque le couple reçoit de mystérieuses cassettes vidéo tournées par un étranger s’étant visiblement introduit chez eux à leur insu, ils demandent une enquête auprès de la police, qui dépêche sur place deux inspecteurs. Renée leur révèle alors que Fred déteste les enregistrements vidéo en général, ce dernier décrétant alors qu’il préfère garder son propre souvenir des événements passés, plutôt que ce qui s’est réellement passé.

Nous réalisons alors que c’est exactement ce qui nous a été montré depuis le début : Fred, en proie à une sorte de trouble dissociatif, tente de se convaincre qu’il n’a rien fait de mal, et qu’il n’est pas responsable du meurtre de Renée, en ne gardant que des souvenirs aseptisés, comme nettoyés par ses propres soins de toute violence qui pourrait le culpabiliser. Et on ne peut que supposer que le début du film n’est pas exactement ce qui s’est réellement produit, mais uniquement cette vision du passé tel que souhaiterait s’en souvenir Fred.

Il n’empêche qu’il finit condamné à mort et en prison pour le meurtre de sa femme. C’est alors, dans sa cellule, que se produit un changement imprévisible : il se métamorphose en Pete Dayton, un personnage inédit n’ayant aucun rapport avec lui. Fred Madison n’existe alors plus.

 

« When you dream, there are no rules »

Une interprétation alors communément admise est que la suite du film n’est qu’un rêve de Pete Madison dans sa cellule, théorie notamment appuyée par le fait qu’il vient de se faire administrer par le médecin de la prison un somnifère.

Pourtant, une scène met à mal cette théorie, vers la fin du film, au manoir d’Andy, lorsque ce dernier est mort et que la police note relever « des empreintes de Pete Dayton partout ». Cela tend à démontrer que Pete n’est donc pas un personnage imaginaire, mais qu’il a bien eu une réalité physique, au moins le temps de sa « possession » par Fred.

Si on continue sur le chemin de l’interprétation faustienne, on peut en déduire que le Diable, alias le Mystery Man, aurait, par un tour de passe-passe qui a tout de diabolique, momentanément interverti Fred Madison avec Pete Dayton, un jeune homme sans histoires, pour que le premier puisse, sans sa mémoire, mais au travers des yeux du second, enfin découvrir qui le rendait cocu. Cela est picturalement rendu par David Lynch par une grosse plaie à la tête de Pete, comme pour signifier que le personnage a subi quelque sorte de trépanation spirituelle, pourrait-on dire, une plaie dont il est d’ailleurs bien incapable d’expliquer l’origine, ayant tout oublié des dernières heures de sa vie.

Relâché de la prison car n’étant évidemment pas Fred Madison, il retourne à sa vie quotidienne de garagiste automobile, et c’est alors que nous est introduit le personnage de Mr Eddy, un mafieux se prenant d’affection pour Pete comme son mécano préféré, mais dont le vrai nom n’est jamais proféré en présence de Pete : Dick Laurent (mais que nous, spectateurs, entendons de la bouche d’inspecteurs chargés de filer Pete dans ses moindres faits et gestes).

Un autre personnage, lors de la seconde apparition de Mr Eddy, est intriguant : il s’agit d’Alice Wakefield, la compagne du mafieux, car elle est la copie conforme de Renée Madison, au détail près de la coupe et la couleur de ses cheveux (les deux rôles sont bien sûr tous deux joués par la même actrice, Patricia Arquette). Beauté fatale, Pete en tombe forcément amoureux, et les deux s’engagent alors dans une relation secrète dont Mr Eddy ne doit surtout rien savoir.

Toujours plus loin sur le chemin de la fausterie, on peut alors en déduire que toute cette mise en scène n’est qu’une illusion savamment montée par le Mystery Man pour honorer sa part du contrat avec Fred. Sous les traits jeunes et fougueux de Pete, il obtient l’occasion de reconquérir Renée sous la forme de son alter ego, la séduire de nouveau, et même, se venger de Dick Laurent, dont il connaît désormais l’identité, en le faisant à son tour cocu tout en retrouvant avec Alice une passion sexuelle perdue avec Renée. Alice lui révèle même comment elle vint à connaître le monde malsain des productions X, alors que Renée s’était toujours refusée à lui raconter la vérité. On découvre, par l’intermédiaire d’Alice, ce qui aurait alors été le passé trouble de Renée.

L’illusion est cependant fragile, d’où la nécessité pour le Diable de changer le nom des personnages (Dick Laurent devient Mr Eddy) ou leur physique (Renée devient Alice) pour ne pas remémorer de souvenirs de la vie passée de Fred à Pete (que l’on voit d’ailleurs pris d’une intense migraine lorsqu’il entend le morceau de saxophone de Fred à la radio). La comparaison du procédé du Diable avec une sorte de séance d’hypnose grandeur nature serait alors appropriée.

Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin…

 

Le diable est dans les détails

Vers la fin du film, Pete et Alice font une dernière fois l’amour dans le désert, devant la cabane apparue de nombreuses fois en vision à Fred/Pete comme « s’enflammant à l’envers », un moyen visuel, d’après moi, pour Lynch de jouer avec les codes classiques du diable et de l’enfer, classiquement représenté comme un endroit volcanique, enflammé, à la chaleur insupportable, ce qui tendrait à montrer visuellement que cette cabane, celle du Mystery Man, est bien une connexion démoniaque avec le monde réel.

C’est alors qu’Alice, dont le plan jusqu’alors avait été de faire miroiter à Pete une évasion à tout jamais loin des griffes de Mr Eddy avec lui, se penche pour lui dire, dans un retournement de situation, que jamais elle ne sera à lui, avant de froidement l’abandonner dans la poussière du désert et rentrer, nue, dans la cabane.

 

C’est à ce moment très précis que Pete se retransforme en Fred. On comprend alors que tout le long, Alice n’a effectivement été qu’une créature du Mystery Man, une succube, dans l’univers des démons, c’est-à-dire littéralement une démone extrêmement séduisante pour laquelle les hommes vendent leur âme au Diable. Qu’elle rentre dans la cabane n’a alors rien de surprenant: la cabane symbolisant l’Enfer, elle y retourne une fois sa mission accomplie. Cette interprétation coïncide avec un indice visuel lors de la scène où Pete pénètre dans le manoir d’Andy et se retrouve en face d’une projection géante d’un film porno montrant Alice en pleine relation sexuelle avec un acteur cornu, symbolisant évidemment Satan.

Cela explique également l’étrange coup de téléphone que reçoit Pete de la part de Mr Eddy au domicile de ses parents. La lecture de cette scène est double : il s’agit bien entendu d’une ultime mise en garde de Mr Eddy à Pete de ne pas tenter quoi que ce soit avec Alice, mais également du Diable, rappelant indirectement à Fred, lorsque Mr Eddy lui passe le combiné, qu’il est prisonnier, qu’il ne pourra jamais s’échapper, et qu’il, le Diable, le tient à sa merci aussi longtemps qu’il le voudra. Lynch nous fournit ici un dialogue d’une rare valeur, pouvant être à la fois compris comme une intimidation envers Pete de la part de Mr Eddy et un rappel à l’ordre envers Fred de la part du Diable (Pete ne connaît pas le Mystery Man ; en outre, il s’exprime avec les mêmes mots que lorsqu’il rencontra Fred pour la première fois).

In the east … the far east…

when a person is sentenced to death…

they’re sent to a place where they can’t escape… never knowing when an executioner will step up behind them and fire a bullet into the back of their head… it could be days… weeks… or even years after the death sentence has been pronounced… This uncertainty adds an exquisite element of torture to the situation, don’t you think ?

It’s been a pleasure talking to you.

— Mystery Man

Une fois la succube rentrée dans la cabane, le Mystery Man invite Fred à son tour. À l’intérieur, Alice a disparu ; son existence n’a plus lieu d’être. Un fait corroboré par la descente de police chez Andy où un gros plan sur une photo, qui montrait, alors que Pete y était, Dick Laurent et Andy accompagnés de Renée et Alice, révèle qu’Alice a disparu de la photo, comme si elle n’avait jamais existé. Pete Dayton a également disparu, Fred ayant regagné son propre corps.

Puis muni de son inquiétante caméra, le diable pousse alors Fred à reprendre ses esprits et l’expulse de chez lui dans une scène à glacer le sang.

 

Dick Laurent Is Dead

C’est alors que Fred, prêt à prendre sa revanche, kidnappe Dick Laurent et l’emmène dans le désert où, aidé du Diable, dans une scène où ce dernier lui prête notamment un couteau comme « sorti de nulle part », il consomme sa vengeance en tuant le mafieux, qui juste avant de mourir, lui adresse une étrange question :

You and me, mister, we can really out-ugly the sumbitches, can’t we?

difficilement traduisible mais que l’on pourrait transcrire en « Vous et moi, nous sommes vraiment les pires des salopards, pas vrai ? ». Il n’est pas facile de déterminer s’il s’adresse ici au Mystery Man, à Fred, ou aux deux, mais cette dernière réplique laisse sous-entendre que Dick Laurent aurait pu lui aussi passer un pacte avec le Diable, pour obtenir la richesse et les femmes, par exemple.

Nous sommes alors à la toute fin du film et Fred se rend à son propre domicile pour murmurer à son propre interphone, et à lui-même, en vérité, les mots du début du film : « Dick Laurent est mort » .

Aperçu par les policiers le pourchassant depuis sa disparition de la prison, le film se conclut par la vision de Fred hurlant de détresse au volant de sa voiture dans une course-poursuite désespérée au milieu de la nuit noire sur l’autoroute perdue, une fois de plus.

On comprend alors toute l’ampleur du marché qu’il a passé avec le diable ; le film « boucle » sur lui-même, et commence là où il a terminé. Autrement dit, en échange de sa vengeance, Fred est condamné à revivre les derniers jours de sa vie à l’infini, comme un Sisyphe moderne, et le film ne nous en a donné à voir qu’une des itérations diaboliques.

 


Voilà, c’est tout pour cette analyse qui bien entendu, ne se veut ni exhaustive, ni véritable, de Lost Highway. Je me suis longuement attardé sur l’aspect « faustien » du récit, sans faire le moindre commentaire au sujet de la mise en scène, des lumières, du placement dans l’espace des objets et des acteurs…

Il y aurait là aussi tant à dire et certains éléments demeurent d’ailleurs, selon ma théorie, encore inexpliqués (les cassettes anonymes reçues par le couple au début du film, par exemple). Libre à vous de trouver sur le net d’autres articles qui étudient le film sous ce jour, car Lynch est aussi un maître de la mise en scène et des détails scéniques qui peuvent paraître sans importance ont, la plupart du temps, une importance parfois cruciale.

Cette œuvre demeure donc pour moi un très bon film de David Lynch, encore plus après l’avoir analysé sous un nouveau jour. Car c’est en le regardant de nouveau que je me suis rendu compte à quel point je n’avais rien compris ! Mais réussir à y apporter ne serait-ce qu’un début d’explication, rend le film bien plus agréable à mes yeux, et je l’apprécie désormais bien plus qu’il y a dix ans.

Une réflexion au sujet de « Cinéma : Lost Highway, un Faust moderne »

  1. Colimasson

    Merci pour ton article qui donne envie de regarder à nouveau le film… Que d’imbrications périlleuses et retorses dans cette intrigue… heureusement que tu as défriché un peu le paysage 😉

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